ANTOINE HENNION


SOCIOLOGUE

 

Antoine Hennion est entré au CSI (Centre de Sociologie de l’Innovation) en 1974, avec une bourse de recherche pour étudier l’industrie du disque. Il a fait toute sa carrière au CSI, centre qu’il a dirigé de 1994 à 2002. Il a mené des travaux en sociologie de la musique et de la culture, sur les médias, la publicité et le design, sur les services et les usagers. En participant au développement de l’ANT (Actor-Network Theory) au CSI, il a croisé les apports des STS (Science & Technology Studies) et de la sociologie culturelle pour proposer une théorisation originale de la médiation. Il l’a mise en œuvre pour étudier la formation du goût et les amateurs, à travers plusieurs enquêtes collectives lancées avec G. Teil sur des domaines contrastés (musiques diverses, vin, sport…), et une recherche historique menée avec le musicologue J.-M. Fauquet sur la formation du goût pour la musique classique à partir de l’exemple de Bach en France au 19e siècle. Dans les deux cas, il s’agissait moins de montrer les déterminations sociales du goût que de le saisir comme une activité engagée et créative qui, en s’appuyant sur des dispositifs agencés et sur l’entraînement des corps, met de façon réciproque à l’épreuve les compétences de l’amateur, les propriétés émergentes d’un objet et la formation d’un milieu capable de soutenir cette instauration progressive, jusqu’à, parfois, l’inscrire dans une histoire.

Dans le fil de ces recherches, Antoine Hennion s’intéresse actuellement à l’aide, au soin et au care, activités qui partagent avec les amateurs un art de l’attention, la maîtrise d’instruments et de techniques, un sens de la situation et du geste juste, un engagement contrôlé du corps et des affects, et, au-delà de cela, la nécessité de se confronter, à des degrés divers, à l’exigence d’une œuvre à faire. C’est dans ce sens qu’il est en train de développer une pragmatique des attachements et que, à partir de terrains divers (musique, sport, vin, dépendance, fin de vie, migrations…), il travaille au sein d’un collectif sur les questions de méthode et d’engagement que pose une approche pragmatiste de l’enquête en sciences sociales.

Notamment à travers un projet ERC, cette problématique s’ouvre en effet vers de nouveaux sujets, plus politiques, notamment autour d’un rapprochement opéré entre les problèmes posés par l’intégration des immigrés depuis 50 ans et ceux que soulève aujourd’hui l’accueil des migrants, reformulés en termes d’attachements : ce n’est qu’au contact de l’altérité que nous prenons la mesure d’identités toujours plurielles et mouvantes. Au lieu de réagir dans l’urgence par le repli et le confinement, tant au niveau local, celui du voisinage ou de la cité, qu’aux niveaux national et européen, il s’agit de reconnaître la situation comme un moment d’épreuve, qui à la fois nécessite et permet de repenser ce à quoi nous tenons.

 

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