Festins imaginaires nous propose avec exigence et retenue de replonger dans le passé concentrationnaire des camps nazis en Allemagne, des camps de prisonniers japonais et des goulags soviétiques pour s’attarder sur un événement singulier et cependant commun à tous. A chaque fois, contre toute attente, des déportés ont consigné des recettes de cuisine dans des carnets qui sont venus documenter l’imaginaire culturel et spirituel de ces communautés d’hommes et de femmes résistant aux conditions inhumaines qui leur étaient faites. Par un véritable travail d’élucidation pluridisciplinaire – anthropologie, histoire, philologie, psychanalyse, etc. – qu’accompagnent des réminiscences personnelles, Anne Georget construit une forme documentaire qui rend intelligible une réalité déroutante, déplace le regard sur les victimes et ouvre sur la complexité de la vie humaine. On regrettera peut-être que la même audace n'ait pas servi la forme narrative, même si les choix de l'auteure permettent de dessiner une complexité humaine qui déjoue le système concentrationnaire.