IRÈNE THÉRY


SOCIOLOGUE

 

Après des études au lycée Thiers de Marseille, elle entre à l'École normale supérieure de Fontenay-aux-Roses (lettres). Agrégée de lettres en 1975, elle est docteur en sociologie en 1983 (Université Paris V, sous la direction de Louis Roussel).

 

Enseignante, puis chercheur au CNRS, Irène Théry est élue en 1997 directrice d’études à l’EHESS. Elle y est tout d'abord membre associé du Centre de recherches politiques Raymond Aron. En 2001, elle a rejoint le centre Sociologie, histoire et anthropologie des dynamiques culturelles (SHADYC Marseille), devenu au 1er janvier 2010 Centre Norbert Elias. Elle a également été jusqu'en 2009 responsable de la formation doctorale en sciences sociales du pôle régional de Marseille de l’EHESS (Centre de la Vieille Charité).

 

Spécialisée dans la sociologie du droit, de la famille et de la vie privée, elle travaille sur les transformations contemporaines des liens entre les sexes et les générations. Elle a publié plusieurs ouvrages sur les mutations du droit et de la justice de la famille, sur les familles recomposées et sur le masculin et le féminin.

 

Ayant introduit le terme de « famille recomposée » en français, elle a dirigé de 1991 à 1997, un réseau international de recherche pluridisciplinaire sur les recompositions familiales (fondé en collaboration avec Marie-Thérèse Meulders-Klein, directrice du Centre de droit de la famille de l'Université catholique de Louvain).

 

Irène Théry a occupé au cours de sa carrière de nombreuses fonctions :

- Membre du comité scientifique de l'Institut national des études démographiques (INED) 

- Membre du conseil scientifique de l'EHESS (1999-2004) 

- Membre du Haut Conseil de la population et de la famille (fin de mandat en 2003) 

- Responsable du plan pluriformations de l'EHESS « Genre et sciences sociales » (2005-2009) 

- Membre du Jury du prix Jean-Carbonnier. 

- Membre du Haut Conseil de la famille (HCF) (depuis février 2013) 

- Elle est membre du comité de rédaction de la revue Esprit.

 

Irène Théry est une sociologue engagée dans le débat public. En 1998, elle a rédigé à la demande de Martine Aubry et Élisabeth Guigou, ministres du gouvernement Jospin, le rapport « Couple, filiation et parenté aujourd’hui » préconisant de nombreuses réformes du droit de la famille. Elle y présente une analyse des changements rompant avec les thèses classiques de la « désinstitutionnalisation » de la famille. Pour elle, c'est la dynamique d’égalité des sexes, et non le passage de la valeur « groupe » à la valeur « individu », qui est le principal moteur des transformations contemporaines. Elle y critique l’idéologie qui déprécie radicalement l’institution au nom de la subjectivité et de l’authenticité du « moi », à un moment historique où l’enjeu est de métamorphoser les institutions de la famille et de la parenté pour mettre fin à une conception hiérarchique des sexes dans le couple et la filiation.

 

Son approche relationnelle du genre (« le genre est une modalité des actions et relations sociales et non un attribut intrinsèque ou une propriété — même acquise — des personnes ») et son attachement aux enjeux de droit sous-jacents aux revendications sociales, sont relativement inhabituelles en France et l’exposent parfois à des incompréhensions.

 

Ainsi, elle a critiqué les premiers projets de contrat ou de partenariat homosexuel (CUC, CUCS) car ils contournaient la question centrale à ses yeux : instituer la notion de « couple de même sexe » en droit français1. Cette innovation majeure, proposée par Irène Théry dans son rapport au gouvernement, n’était pas non plus présente initialement dans le projet de loi sur le Pacs débattu en 1998. La notion juridique de « couple de même sexe » a finalement été intégrée à la loi sur Pacs en 1999 à travers un amendement sur le concubinage. Cela n’a pas empêché Irène Théry de critiquer le Pacs pour avoir créé trois classes de couples inégales au plan des droits sociaux et fiscaux : mariés, pacsés, concubins.

 

Sur le mariage homosexuel, elle a exprimé en 1997-1999 ses réticences : bien que favorable à une union solennelle en mairie, elle était opposée au mariage de même sexe car elle ne voyait pas d’issue à la question de la présomption de paternité, « cœur du mariage » selon le doyen Jean Carbonnier. Pour Irène Théry, une présomption de paternité entre personnes de même sexe n’a pas de sens car c’est une présomption de procréation. Mais lorsque le parti socialiste a déposé en juin 2006 une proposition de loi sur le mariage homosexuel qui répondait à cette question de façon satisfaisante, elle a d’emblée soutenu cette proposition.

 

Sur l’homoparentalité, elle a dès 1998 proposé dans son rapport les mêmes droits pour tous les beaux-parents, y compris l’adoption simple, quel que soit le couple, homosexuel ou hétérosexuel. Mais elle s’est toujours opposée aux approches prônant l’égalité par l’indifférenciation des sexes. Combattant la formule selon laquelle « les homosexuels n’atteignent pas à la différence des sexes », elle développe l’idée que les relations de même sexe relèvent, comme les relations de sexe opposé, de ce qu’elle nomme la « distinction de sexe »3. En 1997-99, elle critique l’adoption plénière ou l’accès à l’AMP pour les couples de même sexe s'ils interviennent sans modification du droit commun de l’adoption ou de l’AMP pour tous, elle écrit alors « c’est du côté des pluriparentalités que se trouve l’espoir ». Ses positions ont suscité des controverses parfois très vives.

 

Dans ses derniers écrits, son approche « relationnelle » du genre est développée et précisée. Dans Des humains comme les autres, bioéthique, anonymat et genre du don (éd. de l'EHESS, 2010), Irène Théry se rallie à la revendication d’accès des couples de même sexe à l’adoption plénière et à l’AMP, dans la perspective où serait abandonné le modèle traditionnel de filiation mimétique de la procréation. Le droit de l’enfant à son origine et à son histoire permettrait, selon elle, d’instituer un nouveau droit de la filiation à la fois commun à tous et pluraliste…

 

Irène Théry propose enfin le concept de « présomption de véracité » en complément de celui de la « présomption d'innocence » dans le cadre de l'affaire Dominique Strauss-Kahn (article du Monde daté du 23 mai 2011 « La femme de chambre et le financier »). Ce concept, qui prend parti pour les victimes présumées en matière de violences sexuelles ou conjugales, est une première ébauche en vue de prendre en compte la parole sociale des victimes. Il s'agit d'imposer leur parole comme vraie par défaut sur le plan judiciaire. En revanche, ce concept ne prend pas en compte le phénomène de la dénonciation calomnieuse ou la nécessaire protection de tout individu — homme ou femme — contre l'arbitraire.

 

En octobre 2013, Dominique Bertinotti, alors ministre déléguée à la famille, lui confie la présidence d'un groupe de réflexion visant à examiner les questions posées par la diversité des modes actuels d'établissement de la filiation. Le rapport publié en avril 2014 comporte deux volumes. Le Volume I «Réflexion prospective sur la filiation» reprend sa proposition d'instaurer une filiation commune et pluraliste ; le Volume II : «Accès aux origines et parentalité, propositions pour une loi famille» veut accorder davantage de garanties aux droits des tiers et de l'enfant, aujourd'hui restreintes selon elle par la confusion entretenue entre existence sociale et filiation dans le débat public.

 

 

BIBLIOGRAPHIE

 

  • Du divorce et des enfants, PUF-INED 1985 (en coll. avec Odile Bourguignon et Jean-Louis Rallu) 

  • La famille, la loi, l'État, de la révolution au Code civil, (direction d'ouvrage collectif), Imprimerie nationale/Centre Georges Pompidou, 1989. 

  • Le Démariage, Odile Jacob, 1993 (prix Séverine de l'Association des femmes journalistes; prix de l'Académie des sciences morales et politiques) 

  • Les recompositions familiales aujourd'hui, (codirection d'ouvrage collectif), Nathan, 1993.

  • Quels repères pour les familles recomposées ? Une approche pluridisciplinaire internationale (codirection d'ouvrage collectif), LGDJ, coll. Droit et Société, 1995. 

  • Recomposer une famille, des rôles et des sentiments ; éditions Textuel, 1995. 

  • Malaise dans la filiation (direction d’un numéro spécial de revue) Esprit, décembre 1996. 

  • Irène Théry, Couple filiation et parenté aujourd’hui : Le droit face aux mutations de la famille et de la vie privée. Rapport à la ministre de l’Emploi et de la Solidarité et au garde des Sceaux ministre de la Justice, Paris, Éditions Odile Jacob,‎ 1998 (ISBN 978-2738106445) 

  • L’un et l’autre sexe (direction d’un numéro double spécial de revue) Esprit, mars-avril 2001. 

  • La Distinction de sexe, Une nouvelle approche de l’égalité, Odile Jacob, octobre 2007, 145 x 220, 688 pages. (ISBN 978-2-7381-0984-2)

  • (en collaboration avec Pascale Bonnemère), La dimension sexuée de la vie sociale, Éditions de l’EHESS, coll. Enquête, 2008. 

  • Irène Théry, Des humains comme les autres. Bioéthique, anonymat et genre du don, Paris, Les Éditions de l’EHESS, 2010. 

  • Irène Théry, Qu'est ce que la distinction de sexe ?, Bruxelles, Coll. "Temps d'arrêt", 2010 [1].

  • Irène Théry (dir.), Mariage des personnes de même sexe et filiation : le projet de loi au prisme des sciences sociales, Paris, Éditions de l’EHESS, coll. « Cas de figure »,‎ 2013 (ISBN 978-2-7132-2413-3)

  • Irène Théry et Anne-Marie Leroyer, Filiation origines parentalité : le droit face aux nouvelles valeurs de responsabilité générationnelle, Paris, Odile Jacob,‎ 2014 (ISBN 978-2-7381-3177-5)

 

 

 

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