Partager, échanger, construire une réflexion collective autour du cinéma documentaire faisant la part belle aux rencontres et aux débats pour penser et reformuler ensemble les enjeux de société et des sciences : tels sont les objectifs du Festival Interférences.

Sur les 652 documentaires reçus cette année suite à l’appel à films, visionnés et mis en débat par l’équipe de présélection du festival, une vingtaine ont été soumis à un comité scientifique et cinématographique qui en a retenu 7 pour la compétition.

Ces 7 films ont été vus et discutés pendant de riches délibérations par deux jurys, qu'est venu compléter cette année un vote du public.

Merci à tou.te.s !

LAURÉATS 2020

PRIX DU JURY

UNE NOUVELLE ÈRE Un film de Boris Svartzman FRANCE | 2019 | 72 MINUTES

Une nouvelle Ère 

BORIS SVARTZMAN 

FRANCE I 2019 I 72 MINUTES 

En Chine, les terres agricoles sont détenues collectivement. Depuis trois décennies, des expropriations massives pour urbaniser ces territoires « transforment » chaque année environ 5 millions de paysans en nouveaux citadins. En forçant les ruraux à devenir des urbains, le gouvernement démantèle les dernières organisations collectives et (quasi-)démocratiques à la base de la société. Certains luttent... 

LE JURY
NICOLAS BOLE
Réalisateur de documentaires, parmi lesquels « Bienvenue chez Super Cafoutch» (2019). Coordinateur général du festival des États généraux du film documentaire de Lussas.
ALFONSO PINTO
Géographe à l’École Urbaine de Lyon. Auteur d’une thèse sur les imaginaires urbains dans le cinéma des catastrophes à l’ENS de Lyon. Ses recherches concernent les imaginaires et les esthétiques des mondes urbains anthropocènes.
MARIE-MARTINE CHAMBARD
Ancienne journaliste à France 3 - Lyon et France Télévisions. En charge de la Culture et de la Politique. Militante au sein de l’association Femmes contre les intégrismes, à l’origine du Festival International de Réalisatrices « Et pourtant elles tournent !».
ELSA THOMAS
Scénariste et réalisatrice lyonnaise. Auteure de plusieurs courts-métrages parmi lesquels « Gondole » (2020) pour le Théâtre des Célestins, « Les Gorges » (2019) et « Nana » (2018).
JÉRÉMY PERRIN
Réalisateur de films, de documentaires sonores et de vidéos pour des chorégraphes, metteurs en scène ou musiciens. Tuteur et intervenant en réalisation à la CinéFabrique à Lyon.
EMILIE VAYRE
Professeure de Psychologie du Travail et des Organisations à l’Université Lumière-Lyon 2. Ses recherches portent sur les enjeux psychosociaux de la digitalisation du travail. 
Délibérations du jury par visioconférence 
le samedi 7 novembre 2020
LE MOT DU JURY

Un film à la facture à première vue classique mais qui se révèle au fil du visionnage. Une nouvelle Ère est d'une radicalité qui ne se montre pas comme telle, ce qui est tout particulièrement appréciable.

Le lien qu'entretient le réalisateur avec ses personnages permet de se démarquer d'une proposition en apparence classique pour l'amener vers le terrain où le documentaire est souvent fécond : en posture d'anthropologue, le cinéaste se fait confident, ami, soupape pour de rares confessions.

En effet, en contrepoint de l'urbanisation forcenée de l'île aux Perles près de Gangzhou, le réalisateur tisse une relation intime avec des villageois chassés de leurs terres, comme une urgence d'agir contre l'effacement de leurs vies et de pans entiers de l'histoire de la Chine.

On sent la communauté des moments passés entre le réalisateur et ses personnages, qui fait la justesse de son positionnement et la grande justesse de ton, mais produit aussi une sincérité dans la parole de ces « résistant.e.s ». 

On sent que le réalisateur a su gagner leur confiance et partage leur combat. Un film de résistance à l'inhumanité, avec un sens du montage et du rythme, qui travaille la marge mais dispense un message très puissant, dans le fracas du monde que semble être la Chine moderne. Bravo !

PRIX DU JURY ÉTUDIANT

WATCHING THE PAIN OF OTHERS Un film de Chloé Galibert-Laîné FRANCE | 2019 | 31 MINUTES

Watching the pain of others 

CHLOÉ GALIBERT-LAÎNÉ       

FRANCE I 2019 I 31 MINUTES 

Dans ce documentaire très personnel, une jeune chercheuse s’efforce de comprendre sa fascination pour le film « The Pain of Others » de Penny Lane. Une plongée dans le monde dérangeant de YouTube et des théories du complot en ligne, qui invite à repenser ce que le cinéma documentaire peut (ou ne pas) être. 

LE JURY ÉTUDIANT
PIERRICK CHILLOUX 
Master 2 Cinéma et audiovisuel - Université Lumière-Lyon 2.
STÉPHANE RICHARD
Doctorant en Neurosciences cognitives au Centre de Recherches en Neurosciences de Lyon - Université Claude Bernard-Lyon 1.
BAHIA DOMINGUEZ
Licence 2 Arts du spectacle - Parcours Image – Université Lumière-Lyon 2.
JÉRÔME YVEN
Master InMics (International Master in Composition for Screen) en tant que compositeur de musique à l’image –CNSMD Lyon.
Délibérations du jury étudiant par visioconférence 
le samedi 7 novembre 2020
LES MOTS  DU JURY ÉTUDIANT

Watching the pain of others multiplie les tours de force sensibles et réflexifs.

Chloé Galibert-Laîné pose un premier sujet pour mieux nous amener au véritable sujet de son film, complémentaire mais pas identique à son sujet de recherche.

Ce journal nous donne accès en toute intimité au travail de la chercheuse, et nous dégageons, comme elle, l’humanité qui se cache derrière l’image. Sa quête forcenée d’un contact par écrans interposés s’avère finalement l’aveu personnel et poignant d’une solitude. Le matériel mis en présent par le film est savamment mobilisé, tout en appelant à d’autres expérimentations. Le format du moyen métrage en fait un objet démocratique tant au niveau des publics que des jeunes réalisateurs, qui peuvent y voir la promesse de nouvelles formes.

Avec son film, la réalisatrice nous livre un grand message d’espoir : toute image, même mis à part par une culture, peut être analysée et mène à quelqu’un, quelque part.

 

Pierrick Chilloux, jury étudiant

Dans Watching the pain of others ce qui est intéressant c’est que nous suivons le cheminement des pensées de la réalisatrice qui se met en scène physiquement et verbalement au sein de son film.

Ce documentaire a été pour elle un véritable moyen d’expression pour ce qu’elle a ressenti, ce qui l’a touché dans l’œuvre de Penny Lane qu’elle n’arrivait pas à définir. Ce film suit le processus de recherche sur un documentaire pour ensuite en faire un autre documentaire.

C’est une œuvre de recherche mais également féministe où nous pouvons voir ce que notre société fait subir à des femmes obsédées par le fait de changer, de vieillir, de ne pas être correspondre aux critères de beauté.

A travers les commentaires et images qu’a choisi la réalisatrice nous évoluons en même temps qu’elle dans nos questionnements et incertitudes.

De plus, le sujet en lui-même n’est pas très connu ce qui en fait quelque chose de plus mystérieux encore.

L’œuvre devient encore plus intéressante lorsque l’on découvre que la réalisatrice devient marquée, comme ces femmes sur internet, par son documentaire. C’est un passage extrêmement important car cela marque un véritable tournant dans nos questionnements et nous pouvons l’interpréter comme une forte emprise psychologique que subissent ces femmes à cause de l’obsession qu’elles ont de leurs physiques.

Ce qui fait aussi la particularité du film c’est le montage avec notamment ce passage où la réalisatrice est sur un logiciel de montage en train de décortiquer le film de Penny Lane.

On peut penser cette œuvre comme un journal de chercheur ou même un journal intime par moment comme lorsque la réalisatrice semble véritablement nous parler intimement, se confier sur ses ressentis, incertitudes qui sont également le reflet des nôtres ou peut-être qui seulement influencent les nôtres.

 

Bahia Dominguez, jury étudiant

Le documentaire Watching The Pain of Others ne nous expose pas uniquement un point de vue subjectif sur un sujet donné, le documentaire lui même devient son propre objet d’étude.

C’est en cela que l‘oeuvre de Chloé Galibert-Laîné est percutante et novatrice : un point de bascule s'opère lors du visionnage du documentaire qui fait passer le spectateur d’un statut passif à une position d’acteur, et ce changement représente selon moi le point fort du film.

Associée à cela, la forme entièrement numérique du documentaire apporte une véritable cohérence par rapport au sujet traité, constituant un  ensemble homogène et pertinent.

Dans Watching The Pain of Others, l’intime se mêle à la recherche, et aborde les notions de compassion et d’empathie à l’heure du virtuel avec une grande justesse et beaucoup d’humanité. Le montage poétique de la réalisatrice rencontre des moments d’humour bienvenus, qui viennent apporter une légèreté et un contraste intéressant dans la construction d’un récit très sérieux.

Véritable documentaire d’un documentaire d’un autre documentaire, l’expérience de visionnage de Watching The Pain of Others est unique, et gagne la prouesse de rester en mémoire longtemps après. 

 

Jérôme Yven, jury étudiant

Watching the pain of others est un hublot donnant sur l’intime et sur ce qu’il se passe lorsque des images nous laissent des marques. Il nous permet de nous interroger sur la portée et la profondeur de ces stigmates, et de leur point de bascule entre psychique et physique.

En partageant la méthode de la réalisatrice pour essayer de mieux comprendre les sentiments qui l’ont mue lors du visionnage d’un autre documentaire, nous assistons à une véritable table d’opération où se succèdent mails, extraits vidéo, recherches internet, chaînes youtube, articles pdf et autres bistouris virtuels pour mieux disséquer ce qui est enfoui au cœur de son expérience visuelle.

Sous couvert d’une projection documentaire assez premier degré, la réalisatrice aborde des thématiques plurielles toutes centrées sur le regard à l’autre, le regard à soi, et l’empathie numérique entre les deux : rudement pertinent et contemporain. 

 

Stéphane Richard, jury étudiant

PRIX DU PUBLIC

TILO KOTO Un film de Sophie Bachelier et Valérie Malek FRANCE, SÉNÉGAL, TUNISIE | 2019 | 67 MINUTES

Tilo Koto  

SOPHIE BACHELIER, VALÉRIE MALEK        

FRANCE, SÉNÉGAL, TUNISIE I 2019 I 67 MINUTES 

Pour le casamançais Yancoubabadji, le rêve de l’Europe s’arrête brutalement dans le Sud tunisien après avoir tenté quatre fois la traversée de la Méditerranée depuis les côtes libyennes. Un an et demi « d’aventure » sur les routes clandestines où il faillit maintes fois perdre la vie. TILO KOTO, c’est l’histoire d’un homme brûlé par un enfer qu’il sublimera par la peinture et l’engagement militant. 

LES MOTS  DES RÉALISATEURS DES FILMS PRIMÉS