ZEUGMA FILMS


PRODUCTION / DISTRIBUTION

 

Le documentaire, à la télé depuis de nombreuses années, au cinéma depuis qu’il pallie peu ou prou une crise de la fiction, est beaucoup vu. Et beaucoup de distributeurs ont mis dans leur programme (leur line-up comme disent les professionnels de la profession) des documentaires. Tant mieux ; abondance de biens ne nuit jamais.

 

Zeugma Films a pour projet de ne distribuer que des films documentaires. Oui, mais pourquoi ? Lesquels ? Parce qu’il touche au réel, ce « genre » ne peut en aucune manière être défini. S’il n’a pas de limites, il touche-à-tout.

 

Bâtir une politique de distribution là-dessus ? Oui, parce que, dans la multitude d’objets documentaires, il y en a qui nous importent (assez peu en nombre). Parce qu’ils ont de l’engagement – et que c’est cet engagement qu’il nous faut accompagner au jour le jour. Et cet engagement n’est pas lié au sujet du film (ou, en tout cas, pas qu’au sujet du film), mais est d’abord celui du cinéaste, de son regard sur ce/ceux qu’il filme.

 

Quand Guy Davidi et Emad Burnat réalisent, à partir de caméras et d’images quasi-amateur, 5 Caméras Brisées, ils ont un projet autant cinématographique que politique.

 

Quand Sven Augustijnen convoque les « spectres » de Lumumba, de Tshombe ou de Léopold, il fait un film où les ombres, la lumière, les phares d’une voiture découpent le passé colonial belge (et européen).

 

Quand Eyal Sivan invite des amis israëliens et palestiniens à débattre d’un Etat Commun, c’est par les moyens du cinéma qu’ils se parlent (ils ne communiquent pas ; ils se parlent, ils nous parlent).

 

Quand Denis Gheerbrant filme sur un trottoir la grève de femmes de chambre d’un groupe hôtelier, il ne fait pas un film sur une entreprise, même pas seulement sur des opprimées, il montre le souterrain de notre société.

 

Quand Marie-Pierre Brêtas va, seule, au fin fond du Nordeste brésilien, filmer une communauté de sans terre, elle nous montre la misère, les problèmes sans fin de la redistribution, la démocratie au quotidien ; elle le fait à travers Vanilda, pleine de force, de joie, d’énergie à déplacer les colères.

 

Voilà le projet de Zeugma sur la distribution. Défense et illustration d’un cinéma d’auteur, où la/le politique est au plus profond (et jamais dans l’écume des jours), où nous regardons le monde contemporain les yeux grand ouverts. Parfois émerveillés, souvent étonnés, surpris, dérangés, toujours incertains.

 

Michel David, Juillet 2014